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Biographie
Parcours d'un artiste: Papa Wemba
Date de naissance :
Le 14 juin 1949
Lieu de naissance : RD Congo (ex-Zaïre)
Nationalité : congolaise (ex-Zaïre)
Zone géographique : Afrique
Qualité : Auteur Chanteur Compositeur
Langue chantée : Lingala
Style musical : Soukouss World Music
Dans les années cinquante, la célèbre rumba congolaise dominait le
continent. Un demi-siècle plus tard, elle n'a rien perdu de sa
jeunesse, même si elle a subi entre-temps de nombreux et radicaux
liftings. Parmi ses chirurgiens les plus inspirés, Papa Wemba.
L'homme a tout ce qu'on aime chez les nouveaux congolais,
ex-zaïrois, ex-congolais (vous comprendrez en lisant la suite):
vivacité, humour, intelligence, talent. Et Kinshasa est un temple de
l'intelligence, où la langue française est la plus imagée du monde
francophone.
C'est au sud du Congo (Zaïre de 1971 à 1997, puis République
démocratique du Congo), dans la région du fleuve Kasaï, que naît
Papa Wemba en 1949. De son vrai nom Shungu Wembadio Pene Kikumba,
l'enfant est nommé Papa parce qu'il est le fils aîné de sa mère.
Alors que Papa est encore un bébé, la famille s'installe à
Léopoldville, capitale du pays, alors colonie belge. Son père,
ancien soldat qui a combattu dans l'armée belge pendant la seconde
Guerre mondiale,est devenu chasseur et part souvent en forêt. Sa
mère est pleureuse professionnelle, élément traditionnel essentiel
de toutes soirées funéraires ou veillées mortuaires. En entraînant
régulièrement son fils avec elle, elle l'initie à la musique et au
chant, ce qui très tôt passionne l'enfant. Néanmoins, son père est
totalement opposé à ce que son fils devienne musicien et rêve pour
lui, d'une carrière de journaliste ou d'avocat.
Jules Presley
En 1966, disparaît le père de Papa. Le jeune homme ne perd alors pas une
minute pour enfin assouvir ses ambitions musicales. Il devient chantre de
sa paroisse à l'église St Joseph et se forge une voix très haute, qui sera
une des caractéristiques de son style. A la fin des années 60, il joue et
chante avec différents groupes de la capitale, devenue Kinshasa depuis
l'indépendance en 1960. Comme tous les jeunes d'alors, Papa Wemba est
profondément inspiré par la chanson anglo-saxonne et se fait appeler alors
Jules Presley.
C'est en 1969, qu'il participe à la naissance d'un des principaux groupes
zaïrois des années 70, Zaïko Langa Langa. La formation devient très vite
la figure de proue d'une génération de jeunes zaïrois qui trouve la rumba
traditionnelle un peu trop lente et un peu désuète. Depuis les années 50,
toute l'Afrique danse sur cette rumba afro-cubaine popularisée par Joseph
Kabasele, star de l'époque, puis par Franco dans les années 60. Mais avec
l'arrivée du rock, les rythmes se sont accélérés. Zaïko Langa Langa
cherche alors à dynamiter la rumba nonchalante en vogue. Ils remplacent
les instruments à vent par une batterie, et électrisent une musique qui
avait besoin de renouvellement.
Le succès est immédiat.
Très vite, Papa Wemba devient une vedette et domine son groupe.
En 1975, fort d'une notoriété déjà solide, Papa Wemba quitte Zaïko et
monte son propre ensemble, plus folklorique, Isifi Lokolé. Isifi est l'abrévation
de Institut de Savoir Idéologique pour la Formation des Idoles et Lokolé
est le nom de percussions de la région du Kasaï. L'année suivante, ce
groupe est remplacé par un nouveau, Yoka Lokolé, mais dont la durée de vie
est aussi éphémère.
Viva la Musica
Papa Wemba crée enfin en 1977 Viva la Musica, groupe d'une quinzaine de
musiciens, qui après de multiples transformations, existe toujours vingt
ans plus tard. A ce moment-là, le jeune homme est une star dans tout le
Zaïre et au- delà des fleuves qui encerclent le pays. Son impact dépasse
de loin le cadre de la musique. Dans les faubourgs de Kinshasa, étendu sur
toute une parcelle d'habitation, le chanteur recrée un village, "Le
Village de Molokaï" dont il s'intronise chef coutumier. Au sein du
"village", il impose une vraie mode dont l'élément central est le béret.
On doit parler d'une certaine façon, marcher d'une certaine façon. C'est
une ville dans la ville avec ses propres codes et ses propres règles.
Vers 1979, il chante quelques mois dans l'orchestre Afrisa International
de Tabu Ley, autre star zaïroise, avec laquelle Papa Wemba a déjà
travaillé à la fin des années 60. Puis en 1980, il fait le tour de
l'Afrique avec son tube "Analengo" qui se vend à 60.000 exemplaires.
Au début des années 80,
Papa Wemba vient de plus en plus souvent en France où la communauté
zaïroise est très importante. En dépit de nombreux studios
d'enregistrement à Kinshasa, les moyens et la qualité du matériel sont, en
Europe, infiniment supérieurs. C'est donc pour ces raisons qu'en 1982, son
producteur l'envoie en France. Mais au bout de plusieurs mois d'absence
chez lui, des rumeurs commencent à circuler sur un éventuel assassinat.
Véritable prophète en son pays, presqu'un mythe, Papa Wemba est reçu comme
un chef d'état lorsqu'enfin, il rentre.
Dès ces années-là, les producteurs européens s'intéressent au cas Papa
Wemba, fort prometteur dans des pays où la musique africaine commence
petit à petit à exploser. Dépendant d'un contrat exclusif avec le label
Visa 80 de Luambo Makiadi, alias Franco, il faut attendre quelques temps
avant que le zaïrois collabore avec les européens.
La Sape
Mais en Europe, Papa Wemba n'est pas qu'un chanteur. C'est aussi le
prince, le "pape" de la SAPE, la Société des Ambianceurs et des Personnes
Élégantes. Né au Congo à la fin des années 70, ce mouvement prend toute
son ampleur au Zaïre, mais surtout auprès de la diaspora zaïro-congolaise
à l'étranger et en particulier en France. La SAPE est un phénomène d'abord
vestimentaire fondé sur une élégance flamboyante et exagérée. Fou de
fringues, Papa Wemba est à la pointe de la mode et les grands couturiers
européens et japonais n'ont pas de secret pour le chanteur. Les jeunes
hommes s'empressent de se transformer en coquets dandys, et de suivre très
précisément les codes particuliers de la SAPE, du choix de leurs
chaussures à celui de la coupe de cheveux. Forme de rebellion
anti-pauvreté et anti-déprime, la SAPE est aussi une façon de lutter
contre la dictature de l'abacost, version locale du costume trois-pièces,
et uniforme quasi-officiel des hommes sous le régime de Mobutu.
En 1983, Papa Wemba enregistre un album avec le musicien français Hector
Zazou. Les deux artistes mettent en commun leurs cultures et l'album "Malimba"
est un exemple précoce de fusion entre rumba africaine et sons
synthétiques. Ce principe est en pleine voie d'épanouissement à cette
époque, et de nombreux artistes africains se lancent les uns après les
autres dans ce mélange culturellement riche et commercialement prolifique
que l'on nomme de plus en plus la world music.
Si les allers et retours se multiplient entre le Zaïre et la France, Papa
Wemba ne néglige pas les longues tournées africaines comme celle qu'il
entreprend en avril 83 dans tout l'est du pays jusqu'au Rwanda et au
Burundi. A ce moment-là de sa carrière, Papa Wemba a déjà enregistré une
soixantaine de 45 tours et plusieurs albums. Travailleur infatigable, il
est un des piliers de la musique africaine en qualité et en notoriété.
C'est donc un tournant essentiel pour lui que de se lancer à l'assaut de
l'Europe et du monde occidental.
Soukouss
New Wave
Dès la fin 83, il retourne en Europe et y reste huit mois. Son groupe Viva
la Musica reste au Zaïre, repris en main par son épouse Amazone. Dans un
pays en crise, ses musiciens continuent les concerts, mais le matériel est
aussi peu renouvelé que les salaires des artistes. A son retour en juillet
84, Papa Wemba est de nouveau attendu impatiemment par la population et
par son entourage. Il reprend immédiatement les tournées et les concerts
avec le groupe, et plusieurs fois par semaine enflamme les clubs de
Kinshasa avec son "soukouss-new wave". L'euphorie que véhicule Papa Wemba
et sa musique est un véritable remède anti-crise pour une jeunesse en
difficulté. Cependant, le chanteur se refusera toujours à jouer un rôle
politique à travers ses chansons même s'il le fait malgré lui.
En 84, Papa Wemba devient comédien dans le film franco-zaïrois "la Vie est
belle". Mais le phénomène cette année-là, c'est la nuée de touristes
japonais qui débarque à Kinshasa et qui s'emballe immédiatement pour la
rumba, le soukouss et pour ces artistes qui s'habillent en Yamamoto,
célèbre couturier nippon. C'est le démarrage pour Papa Wemba d'une
brillante carrière japonaise.
L'oeil rivé sur l'Europe, Papa Wemba finit par s'y installer en 1986.
L'Afrique est à la mode, les "sapeurs" envahissent la capitale, et le
chanteur zaïrois s'impose très vite comme une star de la world music.
Après deux albums entre 86 et 88, "Siku Ya Mungu" et "L'Esclave", Papa
Wemba sort en 1988 un album entièrement produit en France par Martin
Meissonier (King Sunny Adé, Ray Lema). Sélection de tubes rumba-rock made
in Kinshasa et mariés subtilement à des sonorités digitales, le disque
séduit largement un public de profanes. On y entend son groupe, Viva La
Musica, fort remanié depuis dix ans d'existence. C'est du haut de sa voix
perchée et légèrement éraillée, que Papa Wemba entame une tournée
internationale du Japon aux Etats-Unis, en passant par l'Europe par le
biais de nombreux festivals. Le 9 décembre, c'est à la Cigale à Paris
qu'il termine une partie de sa tournée en organisant un concours de SAPE
en première partie de son concert.
Le
voyageur
Début 89, il sillonne les Etats-Unis de part en part avec la revue
africaine "Africa Oyé". Puis entre le printemps et l'été, il est présent
sur de nombreuses scènes de festival, dont celle du Printemps de Bourges
en avril. Du 10 au 12 février 90, il s'installe trois jours au Théâtre de
la Ville à Paris, puis il termine l'année 90 à Brazzaville, capitale du
Congo, où est organisé pour lui une soirée de gala.
Retour au pays du Soleil-Levant dans les premiers mois de 1991, mais cette
fois, pour enregistrer un album produit par un japonais. Papa Wemba
revient d'Asie avec en fait deux disques en poche, "le Voyageur" , et d'un
album live. La promotion du nouvel album, "le Voyageur" le mène une
nouvelle fois à travers le monde à commencer par l'Afrique à partir de
juin. La tournée s'achève l'année suivante par l'Europe.
En 93, il passe beaucoup
de temps avec l'anglais Peter Gabriel, musicien et créateur du fameux
label de world music, Realworld. Déjà, "Le Voyageur" était sorti sur ce
label, mais les deux hommes projettent de travailler sur un nouvel album
ensemble. En attendant, Peter Gabriel propose à Papa Wemba d'assurer ses
premières parties, lors d'une tournée américaine et européenne. Si
l'africain a déjà de nombreuses fois joué dans ces pays, l'anglais lui
donne cette fois l'occasion de jouer devant des salles de plusieurs
milliers de spectateurs, voire dans des stades. En France, c'est dans
l'immense salle parisienne de Bercy (16.000 places) que les deux artistes
se produisent en novembre.
Après un retour à la rumba et au soukouss sur l'album "For Idoles",
destiné à son public de fans africains, Papa Wemba s'installe quelques
temps dans les studios de Peter Gabriel en Angleterre, à Bath, pour
enregistrer l'album, "Emotion"'. L'album sort en France en 95 et les
visées commerciales sont très nettement occidentales. Papa Wemba s'est
entouré pour l'occasion de son compatriote chanteur et musicien Lokua
Kanza pour mettre en valeur son timbre de voix particulier; du français
spécialiste de musique africaine et magicien des claviers Jean-Philippe
Rykiel et du producteur anglais Stephen Hague (Pet Shop Boys, New Order).
Le succès est énorme en Europe, en particulier grâce à la reprise du tube
"Fa Fa Fa Fa (sad song)" de l'idole de Papa Wemba depuis toujours, Otis
Redding.
A partir du 20 mai, retour sur scène à la Cigale, point de départ d'une
tournée française. En septembre, il reçoit avec le sénégalais Youssou N'dour
le premier Trophée de la Musique africaine en tant que meilleur artiste.
Puis, à la fin de l'année, Papa Wemba renoue avec son groupe légendaire
Viva la Musica pour un nouvel album "Pôle Position" qui sort début 96.
Depuis ces dernières années de tournées internationales, Papa Wemba était
entouré d'un autre groupe beaucoup plus métissé et aux expériences
musicalement plus variées. Mais, il choisit désormais de renouer avec son
public africain. A la fin de l'année, il sort l'album "Wake up" en duo
avec une autre star du soukouss, Koffi Olomidé. Enorme coup musical et
commercial, l'album est un événement jusqu'en Europe.
Il retrouve Dakar et Youssou N'Dour dès les premiers jours de janvier 97
pour un duo enregistré dans les studios du sénégalais, Xipii. En effet, le
CICR (Comité International de la Croix Rouge) a commandé aux deux hommes
un titre créé au profit de l'organisation.
En août, nouvel acte purement zaïrois pour Papa Wemba et Viva la Musica
avec "Nouvelle écriture", produit par Maïka Munan. L'album porte bien son
nom puisqu'au soukouss, le musicien injecte une dose de rap ("Saï Saï"),
de salsa ("Jeancy") et de funk ("Ba Diamants").
Le 9 octobre 97 à la Cigale (Paris), il remonte sur scène au profit de la
Croix-Rouge. Les bénéfices du spectacle doivent financer des projets sur
le continent africain et en particulier, les programmes de lutte contre
les mines antipersonnel. Ce concert marque également le lancement de la
campagne "So-Why" destinée à encourager la tolérance interethnique. Cette
campagne se traduit entre autres par la parution du disque enregistré par
Papa Wemba et Youssou N'dour quelques mois plus tôt.
"Molokaï", qui sort en juin 98, est le troisième album de Papa Wemba sur
le label Realworld. L'artiste a bien compris que les goûts musicaux des
occidentaux différaient de ceux des Africains. La production, laissée à
John Leckie, est donc différente. On retrouve sur cet album des chansons
anciennes, datant parfois d'une vingtaine d'années, mais rendues
intemporelles par la voix si particulière de l'artiste qui applique ici la
technique de chant que lui a apprise sa mère. Très autobiographique,
"Molokai" (qui est aussi le nom de son groupe), est un bilan de sa
carrière déjà longue.
En 99, Papa Wemba voit
deux de ses titres ("Maria Valencia", "Le Voyageur") choisis par le
réalisateur italien Bernardo Bertolucci pour illustrer son dernier film, "Paradiso
e inferno". Il apparaît aussi sur l'album du collectif de Passi, Bisso Na
Bisso.
De M'zee à Bakala
Son contrat avec Realworld ayant pris fin, Papa Wemba est
désormais libre de faire les choix artistiques qu'il veut. C'est ainsi
qu'en cette année 99, sort l'album "M'zée fulangenge" ("le sage qui
souffle le bonheur") chez Musisoft dont la réalisation est confiée à
Alfred Nzimbi compagnon de Ray Lema dans le fameux groupe Bobongo stars..
Ce disque est un savant mélange de soukouss évidemment, version pistes de
danse et d'autres genres comme le zouk ("Martina B."), la salsa (Tito
Puente est un des invités du CD), etc.
Papa Wemba s'essaie avec
"M’zé" à un nouveau type de production qui permettrait d'allier le goût
des Africains à celui des Occidentaux.
En 2001, Papa Wemba se lance un défi énorme : faire une tournée américano
orientale avec son groupe mythique Viva la musica, sortir un album en
guise de bilan dans lequel toutes les tendances de la musique congolaise
sont alliées à des sonorisation salsa, R’N B, wolrd (et pour ce faire il
s’entoure de ces compatriotes Ray Lema, Lokua Kanza et Maurice Poto) et
une prestation scénique le 31 décembre à Paris/Bercy. Pari gagné pour cet
homme averti, titre donné à ce nouvel album « Bakala dia kuba ».
Papa Wemba qui a un projet
pour la jeunesse de son pays, à savoir l’encadrement musical des jeunes
talents, retourne de plus en plus à Kinshasa. C’est dans cette perspective
qu’autour et avec lui s’est organisé en 1999 le festival Fula ngenge
mettant en évidence des nouveaux talents musicaux se produisant sur la
même scène que Papa Wemba. Poursuivant ce but, Papa Wemba concentre toute
son énergie en 2002 à sa préstation scénique au Stade des martyrs à
Kinshasa devant plus de 120.000 personnes avec une cinquantaine des jeunes
artistes musiciens, danseurs et acrobates. Next music mettra d’ailleurs
sur le marché un DVD de cet événement de plus de quatre heures.
En 2003, Papa Wemba est
mis en examen par la justice française pour une affaire d’immigration
clandestine et est écroué dans un centre pénitencier en banlieue
parisienne. C’est en ce lieu que Papa Wemba est visité par Dieu et devient
un croyant de sa parole. Après quatre mois de détention carcéral Papa
Wemba l’ album « Somo trop », dans lequel se trouve une chanson « numéro
d’écrou » inspirée dans sa cellule. Il parle de sa nouvelle vision de la
vie. Il remonte sur la scène du Zénith de Paris en guise de remerciement à
tous ceux qui l’ont soutenu durant cette épreuve.
Créateur d'une mode et
d'une musique, Papa Wemba a largement participé à introduire l'afrop pop
dans les charts occidentaux. Mais chez lui, au Zaïre, désormais République
démocratique du Congo, c'est toute une jeunesse qui depuis presque trente
cinq ans suit pas à pas les tribulations du sapeur du Kasaï.
source :
papawemba.chez-alice.fr
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